Dans la fraicheur de l'automne - Thil et mon enfance - la rentrée scolaire et les derniers rayons du soleil. J'ai peur de l'avenir. Les années 60 et les yéyés ne sont pas encore sur toutes les ondes de nos radios à lampes. J'entends les usines et je regarde vers le bois tout près de chez nous. Il me rassure et s'oppose aux batiments d'acier des usines. A mi chemin entre Tiercelet et Thil j'observe les deux voies ferrées qui nous entourent. Ces grands trains noirs et leur fumée viennent me défier jusqu'à ma mansarde. Je vois de gens en bleus de travail avec un sac sur le dos. Il y a quelques voitures qui passent. La nuit ces voitures projettent un rayon de lumière dans ma chambre près du toit. Ma grand mère me protège et me donne des bonbons à la menthe. Elle m'appele mon coco. Je suis inondé de bonheur. Mon grand père lit le journal ...parfois il me raconte sa vie ...en Italie ...la guerre de 14 - 18 et les souffrances. Mais j'ai peur. Pas très loin il y a le ghetto des Algériens. On a deux jardins, des poules et des lapins. A la maison on a tous des pots de chambre. Je vois parfois d'énormes rats traverser la route. L'automne et ses rayons de soleil. L'autome d'une épopée pour mes grands parents : la misère en Italie - les guerres - la mine - les usines...la retraite enfin, puis moi. L'aube d'une vie nouvelle ...ma tête tente de comprendre ce monde qui m'entoure et j'ai l'impression d'être spectateur d'une scène de film. Dans le fond de la cuisine le fourneau à charbon. Le Charbon vient d'ariver. On le jette dans la cave par une petite trappe. Les hivers sont terribles dans l'Est. La chaleur n'arrive pas toujours jusqu'à ma mansarde.Dans un champ pas très loin il y a les vestiges d'un camps de concentration. Je devine que c'est un endroit spécial. Dans le bois il y a des trous ...pour faire sortir des fusées. Dans la terre il y a des armes - des balles. La terre est rouge comme l'acier et la sang. C'est un drôle d'endroit où je me suis posé.